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Donner naissance à la maison…

Je prends un peu de temps entre deux cartons pour vous parler d’un sujet qui me tient à coeur… L’accouchement à la maison… J’ai souvent des questions par rapport à ça et je me suis dit que je pourrais peut-être écrire un post qui répondra directement…

Je n’ai pas eu une naissance ordinaire, ma maman ayant accouché de moi par voie naturelle après deux césariennes à Pithiviers avec Michel Odent… Je suis persuadée que nos propres naissances influencent la façon dont nous ressentons l’accouchement… Inconsciemment elles peuvent être facteurs de peurs et de blocages ou au contraire de sérénité… Je sais que ma naissance a été une sorte de libération pour ma maman, une revanche qu’elle a pu prendre sur le corps médical qui n’a pas voulu qu’elle accouche naturellement en premier lieu et surtout la libération de la frustration de ne pas pouvoir accoucher par elle même. Je n’ai fait le rapprochement que plus tard mais je pense que c’est ce qui a motivé ma façon de penser à l’accouchement de manière si naturelle et qui m’a aidé à ne pas en avoir peur…

Maison dans la forêt où deux de mes enfants sont nés…

Lors de ma première grossesse, j’ai commencé par prendre une femme gynécologue pour me suivre et le contact avec cette personne m’a beaucoup déçue… J’avais 20 ans à l’époque et je dois dire que le manque de respect pour l’intimité m’a vraiment choqué. Je ne me suis pas du tout sentie à l’aise, plutôt exposée et vulnérable. Elle m’a conseillée d’aller visiter l’hôpital de la ville, tout ce qu’il y a de plus classique et ce fût la goutte d’eau… Les lieux m’ont parus sinistres et froids… Je suis ressortie en me disant que ce n’était pas possible que je donne naissance dans cet endroit et j’ai commencé à chercher les alternatives… Par le plus grand des hasard, une amie de ma mère venait d’accoucher à la maison avec une sage-femme et elle m’a donné son numéro. Je l’ai contacté et nous avons fixé une rencontre. Et là j’ai découvert un respect et une tolérance dont j’avais besoin… J’ai découvert un suivi attentionné et bienveillant… Et j’ai découvert que je pouvais accoucher par moi-même, sans que le corps médical me dise ce que je devais faire. J’ai vraiment beaucoup de gratitude pour cette première sage-femme qui m’a accompagné au long de ma grossesse et qui m’a vue devenir maman pour la première fois.

Chaleur et intimité…

Pour en revenir à mon premier accouchement, je n’avais pas peur avant d’accoucher, je ne savais pas ce qui m’attendais mais j’étais bien préparée physiquement et mentalement… J’ai fait beaucoup de yoga à cette époque et cela m’a pas mal aidé. L’accouchement a duré environ 10 heures, du moment où j’ai perdu les eaux jusqu’à ce que Th. naisse. Pendant un moment, quand les contractions sont devenues plus intenses, j’étais très repliée sur moi-même, complètement fixée sur la douleur… C’est le seul moment où la sage-femme est intervenue et elle m’a juste dit « pense à ton bébé qui descend à chaque contraction ». Cela a été le déclic, plutôt que de penser à la douleur, j’ai visualisé mon bébé qui descendait et cela m’a vraiment aidé. Cette phrase est restée gravée en moi pour mes deux autres accouchements aussi… Finalement, j’ai accouché accroupi soutenue par mon homme et je me souviens de l’émotion que j’ai ressenti en tenant ce petit être dans mes bras… C’était magique… J’ai pu rester longtemps avec mon bébé à le découvrir, le sentir, l’apprivoiser… Il n’y a eu aucun geste invasif pour lui, nous avons attendu quelques heures avant de le peser et le mesurer… Avec le recul, j’ai vraiment apprécié de pouvoir être chez moi, dans mon intimité, de pouvoir avoir un éclairage discret, de bouger dans toutes les pièces que je voulais, de pouvoir prendre un bain, de ne pas avoir à aller dans la voiture pour bouger, de prendre les positions dans lesquelles je me sentais bien, de ne pas avoir d’interventions extérieures pendant le travail, d’être à l’aise, tout simplement… La relation qui s’est développée avec mon accompagnante aussi, une relation amicale qui continue encore maintenant même si elle a déménagé entre temps. Je n’aurais jamais pu vivre quelque chose comme cela à l’hôpital…

On s’observe, on se goûte, on s’apprivoise…

Pour mon deuxième accouchement, je me suis retrouvée au début sans sage-femme… La précédente étant partie, elles sont rares à pratiquer en France, n’étant pas couvertes par les assurances (qui demandent des prix exorbitants). J’ai commencé à me faire suivre par une sage-femme libérale qui ne pratiquait pas les accouchements à la maison et par miracle à 5 mois de grossesse, ma soeur m’a appelé pour me dire qu’elle avait entendu qu’une sage-femme pratiquant les accouchements à la maison s’installait pas très loin… Et effectivement, elle a accepté de m’accompagner. Cette deuxième grossesse a été plutôt zen… Le suivi a été un peu différent, la sage-femme étant plus jeune (à peu près mon âge ou légèrement plus !), elle était aussi plus dans la recherche de la « sécurité » et j’ai eu l’impression que le suivi était plus « strict »… Cela ne m’a pas empêché d’avoir une très bonne relation avec elle aussi… L’accouchement a été complètement différent du premier, très rapide et très intense… J’avais peu de temps pour souffler entre les contractions et j’ai eu du mal à lâcher prise sur la douleur… Heureusement, j’avais toujours cette petite voix qui me disait de me concentrer sur le bébé qui descendait et cela m’a à nouveau aidé à me recentrer. La sage-femme est restée à côté de moi et m’a parlé pour m’encourager. D’un côté, cela m’a aidé à me déconnecter de la douleur mais d’un autre, j’étais du coup moins à l’écoute de mon corps… 1h40 après avoir perdu les eaux, B. est venu au monde…

Peau à peau et découverte l’un de l’autre…

Pour ma troisième grossesse, j’ai à nouveau dû changer de sage-femme, la seconde ayant également arrêté… J’ai fini par en trouver une qui a accepté de me suivre mais elle était loin (3/4 d’heure de chez moi) et surtout elle devait s’absenter pendant une semaine peu avant la date de mon terme… Depuis le début de cette grossesse, j’avais le sentiment confus que l’accouchement allait se passer durant la semaine où elle serait absente… Je ne sais pas pourquoi cette idée a fait son chemin et j’étais prête à accoucher seule avec mon homme s’il le fallait. Nous nous sommes donc préparés à cette éventualité même si en parallèle j’ai fait un dossier à l’hôpital du coin « au cas où ». Effectivement, quelques jours après son départ j’ai commencé à perdre les eaux un soir, juste après avoir couché les enfants… Comme je n’avais pas encore de contractions, j’ai continué à vaquer à mes occupations puis je me suis couchée… J’ai eu des contractions peu de temps après et elles ont commencé à s’intensifier vers 5h30 du matin… Pendant cet accouchement, j’ai véritablement vécu quelque chose d’intense, comme je n’avais personne pour vérifier quoique ce soit, j’étais vraiment à l’écoute de mon corps, beaucoup plus que pour les deux premiers accouchements… J’avais une réelle sensation de maîtrise, je ne sais pas trop comment expliquer… Et avec Lio., il y a eu une belle osmose entre nous, sans que j’ai besoin de dire quoique ce soit, il a compris ce dont j’avais besoin… Il m’a massé le bas des reins à chaque contraction et au moment où la tête a commencé à descendre, il s’est mis derrière moi sans que je lui dise ce qu’il se passait (j’ai accouché à quatre pattes). D’être juste tous les deux a fait que nous étions vraiment à l’aise… Il n’y a pas de pudeur entre nous alors qu’avec quelqu’un d’extérieur, même si c’est une sage-femme, c’est tout de même différent, il y a toujours une part de retenue… Finalement ma puce est arrivé à 6h50 le matin et ses frères se sont réveillés environ une demi-heure après… C’était fantastique d’être juste en famille pour ce moment… Ils étaient tellement contents de découvrir leur petite soeur au réveil… Une sage-femme libérale est passée me voir le lendemain mais le jour même il n’y a eu aucun examen… Nous avons pu découvrir notre petite puce tranquillement, sans nous presser et faire du peau à peau toute la journée… J’ai vraiment apprécié ces moments juste en famille, cette intimité…

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Ces trois accouchements ont été des moments forts dans ma vie… Le troisième en particulier a été une expérience exceptionnelle que je suis vraiment heureuse d’avoir vécue… Cela donne tellement confiance en soi de se dire que l’on a réussi à accoucher par soi-même ! Je suis persuadée que toutes les femmes peuvent accoucher naturellement si elles laissent de côté leur peur et qu’elles s’écoutent… Nous sommes faites pour cela… Depuis des millénaires les femmes accouchent et elles y arrivent… Pour l’avoir vécu, je peux le certifier, livrées à nous même, nous savons accoucher… Instinctivement nous savons quand pousser, inutile que l’on nous dise de le faire ou non… Je ne dis pas que nous devrions toutes accoucher toutes seules, loin de là mais l’accouchement aujourd’hui est encore trop traité comme une maladie et lorsqu’il n’y a aucun risque, une femme devrait pouvoir choisir comment elle veut accoucher. Je pense aussi que chaque femme devrait avoir un suivi global durant sa grossesse, avec une personne de confiance  qui est là du début à la fin. Actuellement, le suivi avec des sages-femme se développe mais elles sont souvent mises à l’écart des plateaux techniques des hôpitaux ce qui fait que la femme qui accouche se retrouve avec une équipe qu’elle ne connaît pas. C’est tellement important, je trouve, d’être avec quelqu’un de confiance pendant sont accouchement !

Choix d’un arbre pour enterrer le placenta à son pied…

Ce n’est que le récit de ma propre expérience et de mes convictions, c’est comme cela que je l’ai vécu et comme cela que je pense… En espérant que cet article pourra aider d’autres femmes à se sentir à l’aise avec leur corps et leur accouchement…

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